REPONSE AU PR GATSI

Le Pr Jean GATSI ne mériterait pas une réponse si son tissu d’obscénités et de mensonges n’avait comme véritable cible un public ingénu, et qui, sans esprit critique, avalerait sans distance les insanités qu’un professeur d’université déverse sur un homme aussi respectable et aussi juste que le Pr Maurice KAMTO, Président National du MRC.


« On n’attaque avec cette violence que ce qu’on craint véritablement. » Et le Pr Maurice KAMTO a coutume de le dire, « on ne jette des pierres que sur un arbre qui porte des fruits. »
Je me permets de revenir succinctement sur quelques aspects saillants des contre-vérités exposés par notre pourfendeur dans sa diatribe morveuse.


I. D’abord le style employé, qui sonne comme un aveu de destruction morbide et compulsif


Il existe une tradition vénérable dans les cours royales : celle du thuriféraire, officiant chargé de porter l’encensoir devant le souverain afin que la fumée parfumée dissimule les odeurs moins nobles du pouvoir. M. Jean GATSI excelle dans cet art ancien. Son texte du 24 avril 2026 consacre l’essentiel de ses développements, non à défendre la réforme constitutionnelle du 14 avril — qui en était supposé être le sujet —, mais à détruire la personne du Pr Maurice Kamto. On y dénombre, sur quelques paragraphes les expressions suivantes : « looser », « aliénation cognitive totale », « indigence doctrinale », « sénilité militante », « schizophrénique », « parasite », « factieux », « fumisterie ». Le tout couronné d’une suggestion de pendaison. Une telle logorrhée verbale ne s’explique pas par la force de la cause défendue. Elle traduit plutôt sa faiblesse. On n’a pas besoin d’insulter ce qu’on a véritablement réfuté.

Le Pr GATSI s’emploie ainsi lamentablement à trouver « une place » de choix dans la cohorte déjà bien fournie des universitaires à gage lancés contre le Professeur Maurice KAMTO.


II. « Un homme aux échecs multidimensionnels » — le bilan retourné


Le Pr GATSI dresse avec autosatisfaction le bilan électoral du Pr KAMTO : défaites en 2013, en 2018, boycott en 2020. Il omet, par un réflexe de survie intellectuelle, de le mettre en regard du bilan de celui qu’il défend. Rappel factuel : en 2018, le Pr KAMTO a officiellement recueilli 14,23 % des voix selon les chiffres du régime lui-même. Ces chiffres que le Pr lui-même et une large partie de l’opinion nationale et internationale ont contestés comme largement minorés. Il a été arrêté dans la foulée, emprisonné pendant neuf mois sans jugement, puis libéré sous pression internationale. Dans quel État de droit emprisonne-t-on un candidat qui a « perdu » ? On n’incarcère pas les vaincus qu’on croit vraiment vaincus. On emprisonne ceux dont on sait qu’ils ont vu juste.


Quant au boycott de 2020, le qualifier de « castration politique » suppose qu’il existerait des élections dignes de ce nom à ne pas boycotter. Dans un système où toutes les règles du jeu sont fixées, arbitrées et toujours remportées par le même camp depuis quarante-trois ans — où la commission électorale est nommée par le président sortant, où les recours juridictionnels aboutissent à des confirmations.
mécaniques —, le boycott est une posture politique aussi légitime que la participation. Des oppositions entières, sur le continent et ailleurs, l’ont pratiqué avec honneur. L’appeler « suicide » en omettant volontairement les conditions dans lesquelles se tiennent ces élections, c’est prendre le décor pour la réalité et la mise en scène pour la pièce elle-même. Un pas que franchit allègrement le Pr GATSI avec ignominie, toute honte bue.

III. « L’auto-sacre schizophrénique » — ce qui se passe quand on conteste des résultats


Ce que le Pr. GATSI appelle « auto-sacre schizophrénique » s’appelle, dans le vocabulaire politique ordinaire, une contestation des résultats électoraux. C’est un droit reconnu dans toutes les démocraties. AL GORE l’a exercé en 2000 aux États-Unis. L’opposition kényane l’a exercé en 2017 — et la Cour Suprême du Kenya lui a donné raison, annulant alors l’élection. Qualifier de « folie » le refus de reconnaître des résultats contestés n’est pas un argument juridique : c’est la position de celui qui a intérêt à ce que ces résultats ne soient jamais sérieusement examinés. La vraie question que M. GATSI évite soigneusement est celle-ci : pourquoi le régime de Biya Paul a-t-il préféré envoyer le Pr KAMTO en prison plutôt que de lui opposer ses chiffres devant une juridiction indépendante ? Une élection gagnée sans ambiguïté n’a pas besoin de geôles pour être défendue.


IV. « Le juriste plagiaire » — le retournement complet


M. GATSI affirme que le Pr KAMTO a été « traîné en justice pour plagiat par son propre étudiant ». C’est exact – à un détail près, qui change tout – : c’est KAMTO qui a traîné son étudiant en justice, et non l’inverse. Les faits, documentés par la presse camerounaise dès 2011, sont les suivants : M. James MOUANGUE KOBILA, ancien étudiant du Pr Maurice KAMTO, devenu par la suite professeur agrégé à l’Université de Douala, accuse publiquement son ancien directeur de thèse, un mentor dont il ne se tarissait pas d’éloges, d’avoir repris sans autorisation ses travaux dans un manuel de droit international public publié en 2010 aux Presses de l’Université catholique d’Afrique centrale. Le Pr KAMTO riposte non par le silence, non par la fuite, mais par une citation directe devant le Tribunal de Première Instance de Yaoundé, poursuivant M. MOUANGUE KOBILA pour diffamation et outrage aux corps constitués.

C’est donc le Pr KAMTO qui devient le plaignant. Et c’est le Pr MOUANGUE KOBILA qui se transforme en prévenu. Et c’est le même MOUANGUE KOBILA qui, à plusieurs audiences, ne se présentera pas à la barre.
M. GATSI a donc pris une affaire dans laquelle le Pr KAMTO joue le rôle du juriste qui défend son honneur devant les tribunaux, et l’a présentée à ses lecteurs comme la preuve de son déshonneur. C’est un tour de passe-passe d’autant plus abjecte qu’il suffit de lire n’importe quel article de presse camerounais de l’époque pour le démontrer et démonter ainsi ce mensonge. On peut débattre du fond du litige académique entre ces deux universitaires. On ne peut pas, honnêtement, présenter le plaignant comme l’accusé. Ce que fait ici le Pr GATSI n’est donc pas une erreur d’analyse : c’est une falsification des faits — et une falsification d’autant plus cynique qu’elle exploite la complexité d’une querelle universitaire pour salir l’honneur d’un homme juste et de conviction, en sachant que peu de lecteurs iront vérifier les faits.


V. « Une présidence de pixels » — l’insulte qui se retourne


M. GATSI reproche au Pr KAMTO de « mutiler les textes du MRC pour s’éterniser » à sa tête et de compter des « clics sur des pétitions virtuelles ». Il est piquant qu’un défenseur du régime Biya — dont le chef s’est maintenu au pouvoir depuis 1982 en révisant la constitution à plusieurs reprises, notamment pour supprimer en 2008 la limitation des mandats présidentiels qui lui barrait la route — reproche à l’opposant de s’accrocher à son propre parti. La symétrie est parfaite et involontairement comique : l’homme qui couvre d’éloges un président de quarante-trois ans de règne ininterrompu traite d’« éternisation » le maintien d’un chef d’opposition à la tête de son mouvement. Le burlesque ici ne tue pas.
Sur les pétitions numériques, dans un pays où les manifestations physiques de l’opposition sont dispersées par les forces de l’ordre, où les réunions publiques sont soumises à autorisation préalable, où un candidat peut être emprisonné neuf mois pour avoir contesté des résultats, dans ce pays-là, le numérique n’est pas la posture d’un « looser ». C’est le seul espace qui reste. M. GATSI le sait, et s’il s’en moque avec tant d’insistance, il souligne paradoxalement ainsi la réussite acquise de cette procédure.

VI. Le décès d’Anicet Ekanè — l’indécence instrumentée


M. GATSI convoque le décès d’Anicet EKANE, figure historique de l’opposition camerounaise, pour illustrer la « froideur » du Pr KAMTO. C’est peut-être le passage le plus moralement révélateur du texte. Anicet EKANE – militant des droits de l’homme, compagnon de la démocratisation du Cameroun – n’est ici ni pleuré ni honoré. Il est utilisé comme munition. Pas un mot sur son parcours, pas une ligne sur ce qu’il a représenté pour le Cameroun politique. M. GATSI ne rend pas hommage à EKANE : il l’instrumente, post mortem, au service d’une attaque contre son adversaire. C’est une forme de profanation que le lecteur attentif ne manquera pas de noter — et qui en dit long sur la qualité morale du procédé et de son auteur.


VII. La « démocratie » version GATSI


Derrière toutes ces attaques personnelles se dissimule ce que le texte de M. Gatsi ne peut pas défendre frontalement : la réforme constitutionnelle du 14 avril 2026, qui permet à Paul Biya de nommer un vice-président susceptible d’exercer le mandat présidentiel en cours sans jamais avoir été soumis au suffrage universel. Un successeur désigné, non élu.

Nommé, non choisi. Imposé, non adoubé par le peuple. En droit constitutionnel comparé, ce mécanisme a un nom : la dévolution monarchique du pouvoir. On l’appelle aussi, dans les régimes qui l’habillent en légalité, le lawfare constitutionnel. C’est l’utilisation des formes légales pour vider le droit de son contenu démocratique. M. GATSI appelle cela « lucidité chirurgicale » et « souveraineté nationale ». Rappel élémentaire : une révision constitutionnelle peut être parfaitement légale dans sa procédure et profondément antidémocratique dans ses effets. La légalité formelle n’est pas la légitimité. Invoquer la souveraineté nationale pour couvrir la désignation dynastique d’un successeur non élu, c’est un hold-up sémantique, et M. GATSI en est aujourd’hui le porte-voix zélé.

VIII. Gatsi et les chiens de garde — la longue tradition des juristes du Prince


Ce qui frappe, à la relecture du texte de M. GATSI, n’est pas tant la virulence des attaques contre le Pr KAMTO que leur objet véritable : toute l’énergie du texte est consacrée non à défendre une idée, un principe, une vision du droit ou de l’État, mais à défendre un statu quo – et à écraser quiconque s’y oppose. C’est la marque du thuriféraire accompli : il ne produit pas de pensée, il produit de la couverture. Et cette posture a, en histoire intellectuelle, une généalogie peu flatteuse.
Paul NIZAN, dans Les Chiens de garde, essai publié en 1932, décrivait avec une précision clinique ces intellectuels dont la fonction sociale consiste non à penser contre le pouvoir mais à le légitimer, à habiller en nécessité ce qui n’est qu’intérêt, en ordre ce qui n’est que domination, en droit ce qui n’est que rapport de force. Les chiens de garde nizaniens ne sont pas nécessairement vénaux : certains croient sincèrement à ce qu’ils défendent. Mais leur sincérité ne change pas leur fonction : ils gardent la maison du maître, et ils aboient contre ceux qui frappent à la porte. M. GATSI s’inscrit fidèlement dans cette tradition.
Mais la tradition est plus ancienne encore, et ses figures les plus illustres méritent d’être convoquées, car elles rappellent où mène, en dernière instance, la jurisprudence du Prince. Carl SCHMITT, juriste allemand de génie, a théorisé avec une élégance redoutable l’absolutisation du chef : c’est lui qui définit l’état d’exception, lui qui incarne la décision souveraine, lui dont la volonté est le droit. Cette construction intellectuelle, admirée dans les chancelleries européennes des années 1930, a trouvé son application la plus complète dans le régime nazi — dont SCHMITT fut, jusqu’en 1936, l’un des juristes officiels. L’histoire a retenu son nom, mais pas comme elle retient celui des résistants et des combattants de la liberté et de la justice. M. GATSI n’emprunte-t-il pas consciemment ce chemin ? En effet, la fonction de légitimation du despotisme et de la dictature a toujours recruté parmi les meilleurs plumitifs les plus éloquents, les plus convaincus de servir l’ « ordre » et la « stabilité ». Et que cette conviction ne les a jamais exemptés du jugement de la postérité.
M. GATSI écrit en 2026 pour justifier qu’un homme au pouvoir depuis quarante-trois ans se dote du droit de désigner son successeur sans consulter le peuple. Il le fait avec ardeur, avec emphase, avec une abondance d’adjectifs qui ne dissimule pas, à l’analyse, la pauvreté de l’argument. L’histoire des idées politiques lui a réservé une case. Elle s’appelle : auxiliaire du pouvoir, intellectuel à gage, etc. Au Cameroun, elle est bien remplie. Elle est malheureusement rarement glorieuse.


Conclusion : portrait involontaire d’un homme qu’on ne parvient pas à faire taire


À lire le Pr GATSI avec attention, on découvre une chose remarquable : chacune de ses attaques contre le Pr Maurice KAMTO dessine en creux sur ce dernier le portrait d’un homme que le régime ne parvient pas à neutraliser. On n’emprisonne pas les insignifiants. On ne leur consacre pas des tribunes au vitriol. On ne les accuse pas simultanément d’incompétence juridique, de folie, de plagiat falsifié, de froideur humaine et d’inutilité politique, car accumuler autant de chefs d’accusation contre un seul homme revient à admettre qu’aucun d’eux ne suffit. On ne suggère pas enfinleur disparition physique, comme M. GATSI le fait avec sa recommandation de corde – formulation qui, dans un État de droit, exposerait son auteur à des poursuites pénales – et qui en dit plus sur l’état des libertés publiques au Cameroun que n’importe quel discours sur la « stabilité institutionnelle ».


L’acharnement de M. Gatsi est, paradoxalement, le plus bel hommage qu’il pouvait rendre au Pr Maurice KAMTO. Il prouve, mieux que n’importe quel discours, que quarante-trois ans de pouvoir n’ont toujours pas suffi à rendre l’opposition inaudible — et qu’une réforme constitutionnelle organisant la succession dynastique et de gré à gré, a suffisamment conscience de sa propre illégitimité pour avoir besoin, d’urgence, de thuriféraires disposés à tout. Les chiens de garde aboient, tandis que passe la caravane d’une opposition inoxydable, toujours debout que conduit le Pr Maurice KAMTO.

Pr. SAME KOLLE,

Cadre du MRC

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